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Humans of Montreuil ep 5 : Rucher École

Le Comptoir met en avant la vitalité de l’écosystème social et entrepreneurial montreuillois à travers une série d’entretiens.

Biodiversité, contact avec la nature, campagne à la ville, résilience des milieux urbains, l’apiculture en ville est au croisement des mutations écologiques et sociales actuelles. C’est pourquoi nous avons décidé de rencontrer Enora Javaudin, apicultrice professionnelle et enseignante au Rucher École, une école d’apiculture associative à Montreuil. Elles nous reçoit près de ses ruches montreuilloises, au Mur à Pêches, un jardin partagé historique de la ville. ​

Bonjour Enora, tu es apicultrice à Montreuil, voilà qui pique la curiosité, comment en es-tu arrivée là ?

Depuis mes 6 ans, j’accompagne mon père, apiculteur amateur puis professionnel. En grandissant, je lui donnais des coups de mains ponctuels pendant les récoltes l’été. Je n’ai pourtant pas tout de suite suivi sa voie, puisque j’ai commencé une thèse en sciences humaines ! Puis, j’ai décidé d’arrêter mon doctorat et j’ai enchaîné avec une formation agricole, spécialité apiculture, pour développer mon projet derrière.

Alors toi aussi, tu es une de ces plus en plus nombreuses personnes à oser le revirement professionnel pour y trouver du sens ! Raconte nous cette transition...

Après ma formation agricole, c’était important pour moi de me faire la main, car mon expérience n’était pas suffisante. J’étais salariée chez des apiculteurs pendant de nombreuses années, ce qui m’a permis de monter mon cheptel en parallèle. Le weekend je revenais à Paris pour m’investir au Rucher École. Depuis cette année, je suis installée comme apicultrice à mon compte, avec 200 ruches environs. Il y a plusieurs aspects dans mon travail. La majorité de mes ruches sont en Normandie, où je partage mon matériel et mes locaux avec mon père. A côté de ça, mon père et moi avons une cinquantaine de ruches, souvent installées dans des entreprises, des associations, des parcs... Ce sont des projets qui émanent de salariés, qui nous accompagnent lors des interventions. Enfin, je m’investis au sein du Rucher École pour transmettre ma passion.

Peux-tu nous en dire plus sur le Rucher École ?

Le Rucher École, c’est une école d’apiculture associative. Mon père et moi animons des formations, mais il ne s’agit pas de formations diplômantes d’Etat. Pour nous, l'apiculture ne doit pas être élitiste, elle doit être accessible à tout le monde. Historiquement, c’est les gens du peuple qui faisaient de l’apiculture ! Un cycle de formation de 12 journées sur un an coûte 200 euros, c’est un choix pour nous de pratiquer des prix abordables. Chaque mois, le thème est choisi en fonction du calendrier apicole. L’explication théorique a lieu dans une salle, puis la pratique se fait directement par les élèves sous notre supervision. Françoise, animatrice au Rucher École organise aussi des journées découvertes, qui permettent aux gens d’avoir un premier contact avec les abeilles. Enfin, Stéphane, animateur, reçoit une vingtaine de classes de Montreuil du CP au CM2 par an pour les initier au monde des abeilles. Le rucher école soutient également le développement de l'apiculture en Afrique de l'Ouest, avec des formations qui ont été organisées au Togo et au Burkina Faso.

Quelles sont les conditions de travail d’un apiculteur ou d’une apicultrice aujourd’hui ?

Vivre que du miel, ce n’est plus envisageable aujourd’hui, à moins d’avoir 800 ou 1000 ruches. Il faut réinventer le métier et diversifier son activité. J’en étais consciente dès le début, je fais donc de l’hydromel, du pain d’épices et de la gelée royale. Partager notre expérience à travers des ruches en entreprises ou à travers le Rucher École, c’est aussi des moments où on peut discuter avec les gens, sortir d’une solitude inhérente à notre coeur de métier. J’aime mon métier : quotidien, je sens que je fais du concret, j’oeuvre à quelque chose, je prends plaisir à être dehors.

Comment produit-on du miel en ville ?

La flore est différente en ville qu’en campagne, les miels produits sont donc différents. L’environnement est d’autant plus intéressant que les espaces verts ne sont plus traités aujourd’hui. A Montreuil, autour de Croix de Chavaux, il y a des sophoras du Japon qui fleurissent au mois d'août : cette variété est même surnommée l’arbre à miel. Nous avons récolté deux miels différents à Montreuil cette année, un à dominante acacia et un autre à dominante tilleul.

Ressens-tu les effets du dérèglement climatique ?

Oui, le métier devient de plus en plus technique. Par exemple, le parasite du Varroa arrivé d’Asie dans les années 80 suce le sang des abeilles comme une tique. Il affaiblit les colonies, qui peuvent en mourir. Les saisons sont changeantes, la perte de biodiversité dans certaines campagnes se fait ressentir avec à certains moment de la saison des moments de famine pour les abeilles, des maladies virales et bactériennes peuvent se développer dans la ruche. L’abeille est plus fragile qu’avant. Nous humains, avons un regard centré sur nous-mêmes : on dit que si l’abeille disparaît nous disparaissons aussi, mais ce n’est pas tellement de l’abeille que l’on s’inquiète. Mon métier me fait sentir fragile, car je réalise que nous ne sommes pas grand chose. Les abeilles nous survivront.

Quel lieu nous recommandes-tu à Montreuil ?

Je vous recommande aussi de faire un tour à La Petite Épicerie, une très belle boutique de producteurs !

Merci beaucoup Enora ! Nous sommes fiers de t’avoir comme voisine. Viens nous rendre visite au Comptoir quand tu veux. On y rencontre beaucoup d’entrepreneurs engagés , un peu comme toi !

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